Jean-Louis
Gerbaud

Peintre

 

 

 

49 grande rue

Neuilly 89113

jeanlouisgerbaud@gmail.com

Tel : 09 84 59 98 59

 
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JEAN-LOUIS GERBAUD

L’artiste

Jean-Louis Gerbaud est un artiste dont le travail est apparu dans les années
soixante-dix, auprès des mouvements artistiques primant une réflexion sur les
moyens de production de la peinture et de la sculpture. Exposant, entre
autres, à l’ARC (Musée d’art moderne de la Ville de Paris), il rencontre aussi
nombre d’écrivains et de poètes avec lesquels il entretient une relation
intellectuelle et artistique constante. Au cours des ans, son oeuvre fluctue
entre la peinture et la sculpture, aborde la céramique et le dessin, mais
cherche toujours à considérer de nouvelles relations entre les catégories et les
genres. La sculpture est pensée comme un dessin dans l’espace, la
céramique devient l’opportunité de poser les questions à la peinture et la
couleur ou une peinture sur papier, solidifiée par des résines, se déploie dans
l’espace comme un volume.

L’oeuvre

Le recouvrement d’un support est une opération primordiale qui, en théorie,
qualifie la peinture dans ce qu’elle a de plus fondamentalement
constitutionnel. Est-il donc un acte plus intimement lié à l’histoire de la
peinture que ce recouvrement, qui demeure l’axe permanent de la relation
entre une matière picturale déposée et sa surface de réception ; le support,
le subjectile, devenant ainsi le lieu d’une organisation spatiale à l’origine de
toutes les problématiques de composition ?
Face à cette donnée essentielle, et particulièrement imposante, de l’histoire
de la peinture, Jean-Louis Gerbaud se positionne, en plus et surtout, en
regard de lourd héritage des grands maîtres qu’il admire, de Masaccio à
Hantaï, en passant par Cézanne et Pollock, entre autres. La responsabilité de
s’assumer peintre dans la continuité d’un domaine où il a bien conscience
que des sommets ont été atteints, le contraint à penser un acte pictural
ailleurs, dans une direction orientée vers le retournement de ses gestes et de
ses procédures de réalisation. Au risque de vouloir se situer dans des lignages
quelque peu paralysants, Jean-Louis Gerbaud a ainsi choisi de dépeindre, au
sens littéral du terme. Plutôt que d’ajouter de la peinture, il prend donc
l’option d’en retirer.
A partir de couches superposées de vernis colorés (la gomme laque) qu’il
aura déposées sur son support, l’artiste travaille par décapage et grattage
des strates picturales. Cet acte de découvrement nous fait penser à l’image
traditionnelle du sculpteur qui extrait son oeuvre d’un bloc de matière.
L’oeuvre devient le résultat de cette extraction dont il ne restera que le
condensé d’une peinture où se lisent encore les passages successifs des
couleurs et où, comme dans l’entrecroisement des arabesques picturales de
Jackson Pollock, on pourrait bien reconstituer la chronologie de ces
applications. Outre le renversement d’une pratique dont il use pour
« peindre », Jean-Louis Gerbaud tente également d’oublier le support par la
transparence du subjectile. Pour lui, la surface même vierge d’une toile
blanche apprêtée, reste encore un espace pictural marqué d’une présence.
Il peut encore y voir comme une image rémanente des oeuvres de Casimir
Malevitch (le Carré blanc sur fond blanc), celles de Robert Ryman et ses
variations subtiles de blanc, ou encore l’évocation d’un monochrome d’Yves
Klein. La transparence des plaques de méthacrylate désinhibe cette
prétention à vouloir continuer une histoire de la peinture qui viendrait en lutte
contre les fantômes de ses prédécesseurs.
Travaillé au sol puis au mur, le grattage des couches picturales par des lames
métalliques laisse des traces d’éraflures qui marquent la surface des plaques
transparentes. Ces gestes apparaissent lorsque l’artiste applique le support sur
la paroi de l’atelier dont la blancheur viendra alors révéler cette peinture
réalisée en creux. Le mur est ce révélateur qui redonne une lumière
indispensable à l’appréciation de l’oeuvre, tel l’apprêt d’une toile dans la
peinture traditionnelle. Sans un lieu d’exposition, la peinture de Jean-Louis
Gerbaud est inerte, sans raison parce qu’elle n’est pas lisible. L’oeuvre n’a
d’existence et ne peut être comprise que dans l’union consubstantielle d’une
feuille de méthacrylate peinte à sa surface d’accrochage.
L’éparpillement des éclats, résistant aux décapages du couteau,
l’émiettement de cette peinture concentrée dans des bribes dispersées sur
une plaque transparente, n’évoquent pourtant pas la disparition d’une
oeuvre par effacement, mais bien la forte résistance de ce qui demeure et
perdure comme une épargne. La peinture existe dans ce retranchement a
minima, cette économie du retrait qui pose à l’artiste la question d’un
équilibre à saisir entre l’occupation de l’espace, l’absence de composition et
le rejet de tout élément pouvant suggérer une forme descriptive ou un
quelconque dessin. Cependant la présentation en diptyque, triptyque ou
polyptique des plaques, propose une partition du champ pictural, et la
résistance des enduits vernis en bordure des formats résume la structuration
de l’espace à ses limites et à ses axes médians. L’envergure des formats, la
verticalité des axes et la symétrie, suffisent à entretenir un rapport physique
de l’oeuvre à la présence de l’artiste, puis à celle de son spectateur.
Malgré la démarche en apparence contradictoire de l’artiste, l’oeuvre, que
l’on dira par convention abstraite, règle définitivement son compte à l’image
et par conséquent abolit les principes compositionnels qui hiérarchisent
habituellement les espaces illusionnistes. Mais elle se relie encore à cette
histoire de l’art face à laquelle l’artiste se place et ce qu’il nous en montre
par cette paléographie du fait pictural nous parle encore mieux de cette
mémoire de la peinture.
JACQUES PY, 2005


 
 
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